Synthèse du séminaire sur la problématique des abus sexuels

Introduction

La semence de réflexion faite au mois d’octobre et nourrie par les étudiants séminaristes de l’Institut Pontifical Jean-Paul II porte sur la problématique des abus sexuels. Ce séminaire s’inscrit dans une perceptive de prévention des abus sexuels perpétrés sur les personnes vulnérables.  Son objectif est de faire prendre conscience du phénomène tout en cherchant les moyens à l’éviter en soi et dans les autres. Plus spécifiquement, il s’agit de chercher les causes du phénomène, d’évoquer les solutions juridiques et d’ouvrir l’horizon des solutions psychologiques et spirituelles. 

Pour ce faire, la méthode d’approche consiste à fractionner la thématique générale en des sous-thématiques et à en faire des objets d’enquête.  Neuf sujets de recherche ont été élaborés et distribués à des étudiants constitués, pour la circonstance, en des groupes de travail allant de 3 à 10 membres, pendant la première phase, celle de la semence. Lors de la remontée, la quintessence des recherches sera présentée en des exposés d’une quinzaine de minutes suivis d’enrichissant débats.  Les sous-thématiques retenues sont les suivantes :

  1. Approche analytique et prophylactique du phénomène du harcèlement sexuel.
  2. Le viol entre causalité, thérapie et mesures juridiques.
  3. La pédophilie entre causalités, thérapies et mesures juridiques.
  4. La pédophilie dans le monde sacerdotal et religieux : des déclarations magistérielles aux mesures préventives et dispositions juridiques.
  5. Prosélytisme et exploitation des mineurs.
  6. Mutilation génitale et dignité de la femme.
  7. Les problèmes des abus sexuels sur les domestiques en Afrique.
  8. Viol des religieuses assortie de grossesse : approche psychologique, spirituelle et vocationnelle.
  9. Du mariage forcé à la mystique de l’enchainement amoureux en Afrique.

Pour toutes ces sous-thématiques, les recherches sont orientées sur les causes, l’analyse des manifestations et les propositions de solutions pour en sortir. Mais avant de résumer chaque sujet, il convient de s’attarder sur la définition du concept d’abus sexuel. « L’abus sexuel est une relation sexuelle avec une personne vulnérable, c’est-à-dire une personne atteinte de déficiente mentale ou physique, une personne atteinte d’une maladie ou d’une infirmité ». (NASSARA, 2018)[1]. Selon la loi n°2015-08 du 08 décembre 2015, portant code de l’enfant en République du Bénin, « toutes agressions sexuelles supposant l’emploi de la violence, de la contrainte, de la menace ou de la surprise » sont considérées comme des abus sexuels. En faisant ressortir la dynamique de la résistance ou celle de l’incontinence, l’abus sexuel peut être défini comme l’ensemble des influences psychologiques érotiques exercées sur un tiers avec ou sans son consentement, indépendamment de son âge, de son genre, de sa condition sociale et son état de vie.  Une influence qui peut être intentionnelle, visuelle, verbale, tactile ou génitale.

  1. Approche analytique et prophylactique du phénomène du harcèlement sexuel.

Le harcèlement sexuel est une notion très complexe à définir car elle recouvre une multitude de propos et comportements. Il peut prendre des formes très diverses dont seuls les témoignages et les plaintes des victimes rendent compte. Ce harcèlement conduit facilement au viol sexuel.

  • Le viol entre causalité, thérapie et mesures juridiques.

Le viol l’action par laquelle une personne non consentante est contrainte à des rapports sexuels. Le viol constitue un crime qui associe violence, agression et domination. Il traduit un besoin de puissance, d’agressivité ou encore, l’expression d’une colère. Ce qui provoque des souffrances physiques et mentales aiguës. Parfois ces rapports sexuels de force se pratiquent entre un adulte et un enfant. C’est la pédophilie.

  • La pédophilie entre causalités, thérapies et mesures juridiques.

La question de la pédophilie est une question prégnante d’actualité à cause de l’intensité avec laquelle le phénomène prend de l’ampleur. L’acte pédophile est classé parmi les violences sexuelles. Les réalités de la pédophilie sont disparates et vont de la simple agression au viol avec des actes de barbarie qui parfois conduisent au meurtre d’enfant, sans occulter les canaux de propagation que sont la cybercriminalité et le tourisme sexuel. Le phénomène de la pédophilie est un fléau qui n’épargne pas le monde sacerdotal et religieux.

  • La pédophilie dans le monde sacerdotal et religieux : des déclarations magistérielles aux mesures préventives et dispositions juridiques.

L’enjeu de ce sous thème fait appel aux déclarations magistérielles sur le phénomène.  De Pie XI en 1923 à Jean Paul, Benoit XVI et jusqu’à François cette année, les papes ont tous déploré et fustigé ces tempêtes et ouragans qui assaillent la barque de l’Eglise.  Aussi des mesures pénales et des protocoles, dont le principe de la tolérance zéro, sont prises pour d’abord réparer et surtout mettre fin à cette pratique. Une pratique, non loin de celle de l’exploitation physique et sexuelle des enfants.

  • Proxénétisme et exploitation des mineurs.

L’exploitation de l’homme par l’homme continue sous d’autres formes telles que l’exploitation des mineurs et le proxénétisme qui est une activité illicite consistant à tirer profit de la prostitution d’autrui, ou à la favoriser. Une pratique déplorable qui prend de l’ampleur. Un regard éthique sur la question amène à se demander à qui incombe la mission de protection des enfants ? A l’Etat ? A la justice ? A la famille ? Il urge que toutes ces institutions jouent leur rôle pour combattre ce danger et contribuer à la protection et à l’épanouissement de l’enfant pour la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, et surtout et spécifiquement, de la dignité de la femme.

  • Mutilation génitale et dignité de la femme.

Le binôme “mutilation génitale’’ et “dignité de la femme’’, présente une contrariété de liaison qui remet en cause les questions fondamentales des droits de l’Homme en général et ceux de la femme, en particulier. Les mutilations génitales/l’excision désignent toutes les procédures chirurgicales consistant à enlever en partie ou dans leur intégralité les organes génitaux externes de la fille ou de la femme pour des raisons culturelles, ou autres. Les conséquences néfastes de ces pratiques sont tant physiques, médicales que psychologiques. Ce qui entache la dignité de la femme dans sa vocation première de mère. Ses entrailles sont formées pour recevoir, porter et donner la vie. Cependant, certains de ses enfants, placés chez des tuteurs, subissent à leur tour, des abus sexuels.

  • Les problèmes des abus sexuels sur les domestiques en Afrique.

Les domestiques restent toujours l’objet de la domination de leurs patrons ou patronnes et de leur pouvoir. Ils sont l’objet de toutes les négligences, de toutes les discriminations et de toutes les violences. Parmi ces violences et non des moindres, le viol reste la violence ultime.  Les violences sexuelles entraînent des dégâts psychologiques et des désordres somatiques. Les campagnes de sensibilisation à l’échelle mondiale appellent à une prise de conscience de la situation des femmes et des enfants à tous égards, nombreuses demeurent muettes. Ce cas interpelle un autre, celui du viol des religieuses.

  • Viol des religieuses assortis de grossesse : approche psychologique, spirituelle et vocationnelle.

La survenue de troubles psycho-traumatiques sévères et chroniques entraine de graves conséquences sur la santé et la vie en général. Il convient donc d’informer celles qui s’engagent dans cet état de vie des éventuelles violences sexuelles qui pourraient surgir même dans les couvents. Néanmoins, la protection des victimes et leur accompagnement moral sont fortement conseillés ainsi que des soins spécifiques psychologique et spirituel. Et pour la réinsertion sociale des victimes, la mise à disposition des ressources matérielles et financières est souhaitable. En dehors des religieuses abusées sans consentement, des partenaires, hommes ou femmes se retrouvent parfois dans des liens mystiques qu’ils ne s’expliquent pas et qui fait taire toute volonté.

  • Du mariage forcé à la mystique de l’enchainement amoureux en Afrique.

Il y a des phénomènes récurrents en Afrique qui portent atteinte au consentement et à la volonté dans le mariage. La fonction principale de l’“envoutement d’amour’’ est la conquête amoureuse d’une personne visée, qui ne se doute de rien et dont les décisions ne sont plus en accord avec sa volonté initiale. Les méthodes mystiques pour l’enchainement amoureux dépendent des situations.  Les voies de transmission sont le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe et la vue. Ce qui débouche sur la dynamique de l’irrationnel dans les relations entre les époux. Ce faisant, l’homme ne se réalise que par le don désintéressé de soi et par la grâce. Les pratiques qui prennent à rebours les principes de l’amour et vicient le consentement du mariage sont à bannir dans la société.

Conclusion

A la suite de la présentation synthétique des exposés, le débat a été nourri par les questions du professeur, celles des participants et des approches de réponses données.

In fine, l’intérêt du séminaire est que les réflexions servent aux études, aux choix du mémoire et à ouvrir les yeux sur la thématique abordée.

Valérie MITOKPE

Etudiante en Science du Mariage et Famille


[1] Nassara, 2018, car leurs anges…l’église à l’épreuve de la pédophilie.

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